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Découvrir
la Turquie de l' Est est une belle et riche aventure.
Ce n'est
pas si loin et pourtant le dépaysement est assuré.
Le voyage
que nous avons réalisé pendant 14jours au mois de mai 2011, dans le
cadre et l'organisation d'ARABIES Découverte, était avant tout orienté
sur les possibilités de voir un maximum de « Tapis de Tradition » afin
d'en comprendre la symbolique des motifs, d'en évaluer les provenances
et d'en réaliser l'infinie variété.
Marco
Polo, aux alentours de 1270, traversant la Turquie pour rejoindre l'
Extrême Orient, écrivait qu'on y fabriquait « les plus fins et les plus
beaux tapis du monde »!!
Au cours
de cette période (XIe S), l'Anatolie était gouvernée par les
Seldjoukides, originaires du Turkistan et descendants des Selçuk,
tribu installée autour de Boukhara (actuel Ouzbékistan).
La beauté
des tapis seldjoukides est certainement due à la grande habilité des
tisserands turkmènes, débarqués en Anatolie au cours du XIe S, apportant
avec eux toute la tradition décorative des nomades de l'Asie Centrale.
Il devait
exister des manufactures d'une telle grandeur que Marco Polo en fut
stupéfait. Le raffinement et l'élégance des tapis seldjoukides méritent
bien les louanges formulées par M Polo. De plus, le jugement du jeune
vénitien fut certainement influencé par le fait que les tapis turcs
étaient très appréciés à Venise, un des plus importants débouchés
commerciaux pour la production turque.
Les plus
anciens et les plus beaux tapis de la période seldjoukide sont
actuellement conservés dans les salles du musée des Arts turcs et
islamiques à Istanbul.
Nous y
avons passé trois heures à admirer chaque pièce sous les explications de
notre « expert », et Président de l'association « Tapis de
tradition-TRAD » domiciliée à Angers (www.tapisdetradition.chez-alice.fr).
Ce dernier a nourri notre curiosité pendant tout le voyage, soit dans
les nombreux musées visités, soit chez des marchands de tapis aux
collections uniques et aux pièces parfois jamais répertoriées dans aucun
ouvrage officiel.
L'intérêt
fut Grand et l'objectif de ce voyage largement atteint. Un grand merci
au Président pour le partage et la passion de tout ce savoir.
D'un point
de vue plus géographique, notre route nous a conduit, après deux belles
journées passées à Istanbul, à travers toute l'Anatolie. La partie
centrale de la péninsule est occupée par le haut plateau anatolien, dont
l'altitude moyenne est d'environ 1 000 m et qui communique au nord-ouest
avec le haut plateau arménien.
Notre
point de départ : MALATYA, est une ville construite dans le
« haut Euphrate », région où ont été construits d'impressionnants
barrages, créant de vastes lacs de retenue destinés à l'irrigation.
Zones fertiles où poussent beaucoup d'abricotiers; les fruits partent à
l'export dans toute
l'Europe. P1
Territoire
essentiellement peuplé de Kurdes, dont les membres, en grandes partie
semi-nomades, passent l'été dans les pâturages des montagnes
environnantes.
Un des
points forts du voyage fut sans nul doute le NEMRUT DAGI.
Sur ce
sommet culminant à 2 150 m, un petit roi de Commagène (province antique
du 1er av JC bordant l'Euphrate) mais très mégalomane, rêvant
d'immortalité, fit placer son tombeau dans un impressionnant tumulus
artificiel, gardé par des géants de pierre
dont les
têtes gisent maintenant à même le sol. Cette réalisation grandiose
honore la mémoire d'Antiochos 1er et rappelle son ambition de réunir les
civilisations grecque et perse.
Puis notre
voyage nous fait rencontrer le monde de la bible à URFA, ville où
il fait bon flâner. Ici se trouve la grotte d'Abraham. La légende
islamique dit que dans la cavité en question, se situe le lieu de
naissance d'Abraham, reconnu comme prophète par les trois religions du
livre. Il y aurait vécu jusqu'à l'âge de 7 ans pour échapper aux
persécutions du roi! Devenu un lieu de prière, le mausolée attire
quotidiennement des flots de pèlerins, dont des chiites iraniens.
Non loin
de là un charmant jardin garni de fleurs, avec de grands arbres
ombrageant bassins et canaux, offre une vraie quiétude aux lieux.
Nous
arrivons à DIYARBAKIR, surnommé « la ville noire » car ceint
d'une formidable muraille en basalte. C'est un très bel exemplaire
d'architecture militaire médiévale. La grande mosquée, fondée au XIIIe
S, s'inspire de celle des Omeyyades à Damas. La Syrie n'est pas bien
loin!
Le très
joli caravansérail ottoman « Hasan Pasha » très bien restauré est
attrayant par sa construction en pierres noires et blanches; au centre,
une fontaine corsetée d'arcades et dans les étages une multitude de
petites alvéoles donnent un charme secret à ce lieu de rencontre où l'on
vient par petits groupes ou en tête à tête pour un moment privilégié,
autour d'un thé en fumant le narguilé : ambiance très orientale!
La boucle
qui suit de MARDIN à HASANKEYF en passant par MIDIAT
nous fait découvrir des villes de caractère, belles au niveau
architecture : la pierre est dorée, l'ornement d'un riche décor sculpté,
le tout dans un cadre géographique exceptionnel.
Le charme,
ici aussi, est grand et il fait bon s'imprégner des lieux au gré de de
la découverte. Incontournable est la visite du majestueux monastère de
« Deyrul Zafaran », fondé en 493, haut lieu de l'église orthodoxe
syrienne.
Depuis sa
fondation, on y dispense un enseignement théologique de premier ordre,
accueillant étudiants venus apprendre le syriaque et les fidèles venus
des quatre coins du monde.
Tout à
coup le Lac de VAN apparaît (altitude 1 700m) : azur comme
l'infini du ciel, il est cerné de montagnes et de volcans enneigés, et
comme habités d'une forme de pureté originelle. Le paysage est vaste,
l'émotion est intense, nous sommes dans de nouveaux lieux magiques!
C'est en milieu d'après-midi, au soleil déclinant que nous découvrons
AHLAT. Fief de diverses dynasties musulmanes locales, entre XII et
XVIe S la ville compte la plus belle nécropole islamique de l'est du
pays. Des milliers de stèles (XI-XVe S) s'élèvent dans les herbes folles
et les chardons.
Certaines
représentent les 12 animaux totems de l'astrologie chamanique,
l'ancienne croyance des peuples turcs. Les motifs symboliques et
décoratifs de ces stèles auraient inspirés la réalisation des tapis
anciens.
C'est en
bateau qu'il faut rejoindre l'îlot d'AKDAMAR où se trouve, nichée
dans une belle végétation, l'exceptionnelle « église de la Sainte
Croix », considérée comme l'un des chefs d'oeuvre de l'architecture
arménienne (Xe S). c'est le seul vestige d'une résidence palatine qui
comportait également un palais, des jardins et des résidences pour des
hauts dignitaires. Sa particularité est le décor sculpté qui enveloppe
les murs, associant histoire sainte et scènes profanes.
Un petit
bijou dans un lieu inspirant recueillement, paix et sérénité.
DOGUBAYAZIT est la
ville la plus orientale de la Turquie, à 35 km de l'Iran et 60 de
l'Arménie. Dominée par le mythique Mont ARARAT (5 165m), symbole de
l'histoire de la genèse : c'est à son sommet enneigé que l'arche de Noé
se serait échouée!
L'émotion
est grande face à ce volcan facilement identifiable par la régularité
des ses pentes. Je reste sans voix, mon regard est sans cesse attiré par
ce sommet qui semble sans fin à la rencontre du ciel.
L'autre
grande attraction est sans contexte le palais « Isak Pasha », une
construction majestueuse, posée dans un décor minéral de toute beauté (XVII-XVIIIe
S).
Il
comporte 366 pièces dont 24 pour le seul « harem » avec un confort
moderne pour l'époque (eau courante, chaude et froide, chauffage
central, tout à l'égout!) et illustre la puissance de ses occupants dont
les revenus provenaient du contrôle sur cette portion de la route de la
soie.
La
dernière étape de cette découverte unique nous conduit à ANI,
ancienne capitale du royaume arménien (Ve S- XIIIe S) « la ville aux
mille et une église », près de KARS, située aux confins de la
steppe.
Ainsi
prend fin ce voyage « hors du temps » loin des circuits touristiques
classiques!
Je
retiendrais, entre autres et en particulier, les sensations suivantes :
-
cette terre est
chargée d'histoire
-
les vestiges
rencontrés sont d'une beauté pure
-
les paysages,
variés et à couper le souffle, ressemblent à de magnifiques tapis datant
de plusieurs centaines d'années, représentant des motifs qui ont eu le
temps de se développer
-
la population que
l'on croise donne envie de s'arrêter plus longtemps et de l'approcher
pour vivre l'essentiel c'est à dire le « partage ».
Fait le 23 juin 2011 |